Des Ressources Humaines à l’IA : le parcours de Léo, alumni CESI devenu entrepreneur

Dans cette page :
- Un parcours RH, du campus de Grenoble au terrain
- La naissance de Mookay
- Accompagner les entreprises face à l’IA : méthode et résultats concrets
- Regard sur l’avenir et conseils aux futurs entrepreneurs
Cofondateur de Mookay, structure spécialisée dans l’intégration concrète de l’IA au sein des entreprises, Léo Leray est diplômé du Mastère professionnel Manager des ressources humaines, suivi en alternance de 2019 à 2021 sur le campus de Grenoble. Retour sur un parcours qui l’a mené du terrain RH à l’entrepreneuriat, et sur le regard qu’il porte aujourd’hui sur les métiers RH à l’heure de l’intelligence artificielle.
Un parcours RH, du campus de Grenoble au terrain
- Pouvez-vous vous présenter et nous dire quel a été votre parcours au sein de CESI ?
Je m’appelle Léo Leray, je suis cofondateur de Mookay, une structure qui accompagne les entreprises dans l’intégration concrète de l’intelligence artificielle dans leurs métiers.
J’ai intégré CESI en 2019 sur le campus de Grenoble, pour le Mastère professionnel Manager des ressources humaines, que j’ai suivi en alternance jusqu’en 2021. Mon alternance s’est déroulée au sein d’EDF Hydro Alpes, à la direction des ressources humaines, où j’ai développé une appétence forte pour le recrutement et, plus largement, pour tout ce qui touche à l’accompagnement des collaborateurs.
Cette période a été structurante : elle m’a confronté très tôt à la réalité opérationnelle d’une grande organisation, avec ses contraintes, ses process et ses enjeux humains.
- Qu’est-ce que votre formation à CESI vous a apporté, sur le plan professionnel mais aussi humain ?
Sur le plan professionnel, CESI m’a apporté une vraie capacité d’exécution. La pédagogie par projets et l’alternance obligent à mettre les mains dans le cambouis : on ne reste pas dans la théorie, on est confronté à des situations réelles, variées, parfois inconfortables. C’est exactement ce dont on a besoin quand on entreprend.
Sur le plan humain, ce que je retiens surtout, c’est la conduite du changement et la lecture du facteur humain. C’est une compétence que je pensais périphérique à l’époque et qui est devenue le cœur de mon métier aujourd’hui.
Enfin, le format alternance crée une promotion très soudée, faite de profils qui travaillent déjà. On y construit un réseau de pairs, pas seulement de camarades de classe et je continue d’en récolter les fruits aujourd’hui.
- Quel a été votre parcours professionnel suite à l’obtention de votre diplôme ?
Après l’obtention de mon diplôme, j’ai d’abord rejoint le cabinet OneWork en tant que Consultant en recrutement, pendant environ un an et demi. J’y ai appris la rigueur du sourcing, la relation client et la gestion de plusieurs mandats en parallèle.
J’ai ensuite intégré Castorama à Saint-Martin-d’Hères comme Chargé de mission RH, pendant près d’un an. J’y ai retrouvé le terrain : l’administration du personnel, les problématiques quotidiennes des équipes, le lien direct avec les collaborateurs.
C’est là que le constat s’est imposé. Ces deux expériences m’ont montré la même chose sous deux angles différents : les fonctions RH passent l’essentiel de leur temps sur de l’administratif, et beaucoup trop peu sur ce qui crée réellement de la valeur : l’humain, le développement des compétences, l’accompagnement.
La naissance de Mookay
- Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est Mookay et comment vous est venue cette idée ?
Mookay est une structure qui accompagne les entreprises (PME, ETI, collectivités) dans l’intégration réelle de l’intelligence artificielle dans leurs métiers. Nous ne vendons pas de la technologie : nous formons, nous auditons, nous accompagnons les équipes jusqu’à ce que les usages soient adoptés et que le gain soit mesurable.
L’élément déclencheur, c’est l’arrivée de l’IA générative auprès du grand public. Je l’ai testée immédiatement sur mes propres problématiques RH, et le résultat a été sans appel : sur des tâches qui me prenaient des heures, le gain était immédiat et évident.
En me rapprochant d’anciens amis venus d’horizons différents, nous avons identifié un besoin massif et non couvert : les entreprises n’ont pas besoin qu’on leur vende un outil de plus, elles ont besoin qu’on leur apprenne à s’en servir. C’est un problème de compétences et d’accompagnement au changement, pas un problème de logiciel.
Il y a une image que j’utilise souvent : la loi de Pareto appliquée aux RH. Aujourd’hui, un service RH passe environ 80 % de son temps sur de l’administratif et 20 % sur de la valeur ajoutée. L’IA bien déployée permet d’inverser ce ratio : 80 % de valeur ajoutée, 20 % d’administratif. C’est exactement ce que nous venons chercher chez nos clients.
Nous avions d’abord porté, entre 2022 et 2025, une première structure davantage orientée développement d’outils. C’est le terrain qui nous a fait changer de cap : le besoin n’était pas de créer de nouveaux logiciels, mais de faire monter en compétences les équipes sur les outils déjà disponibles. Mookay est née de cette conviction, en mars 2026.
Nous sommes aujourd’hui quatre associés opérationnels, deux associés stratégiques et trois intervenants externes. Mookay réunit des profils issus d’horizons très différents : RH, technique, commercial, stratégie, et c’est précisément ce qui fait la solidité de l’accompagnement. Un projet IA qui échoue, c’est presque toujours un projet abordé sous un seul angle : trop technique et pas assez humain, ou l’inverse. Je travaille notamment avec Morgane Colon, qui était dans la même promotion que moi à CESI, et qui aujourd’hui intervient comme formatrice pour Mookay. Se retrouver quelques années plus tard sur le terrain de l’IA appliquée aux ressources humaines, chacun avec son expérience, c’est une vraie continuité et une preuve de ce que produit un réseau alumni actif.
Accompagner les entreprises face à l’IA : méthode et résultats concrets

- En quoi consiste concrètement votre accompagnement ?
Notre méthode repose sur trois temps, toujours dans cet ordre :
- L’audit : nous cartographions les usages réels, les limites, les opportunités et les freins, à l’aide d’une matrice SWOT appliquée à l’IA. Cela débouche sur un diagnostic opérationnel, des solutions détaillées et une feuille de route claire.
- Le socle commun : une formation collective qui donne à tous le même niveau de compréhension ; ce que l’IA sait faire, ce qu’elle ne sait pas faire, les règles de sécurité et de confidentialité, les bonnes pratiques.
- Les ateliers métiers : des sessions en sous-groupes, par service, où l’on travaille sur les cas d’usage réels de chaque équipe. C’est là que se joue l’adoption.
Concrètement, sur les fonctions RH, cela va de l’automatisation de tâches Excel liées à la gestion de la paie via Copilot, à la création d’assistants internes capables de répondre en quelques secondes aux questions des salariés en s’appuyant sur la convention collective et les accords d’entreprise, en passant par le tri et la qualification des candidatures, ou la rédaction de supports RH.
Un point mérite d’être souligné sur le volet RH : notre accompagnement est à double niveau. Nous accompagnons bien sûr les équipes RH dans leurs propres usages opérationnels. Mais nous les outillons surtout pour qu’elles deviennent elles-mêmes capables d’accompagner l’ensemble des collaborateurs face à ce changement. Nous leur apportons un cadre, une feuille de route précise et les bonnes pratiques associées.
C’est un point clé : la fonction RH est le premier relais de la transformation dans l’entreprise. Si elle n’est pas armée, rien ne se diffuse. Nous ne laissons jamais un client seul face à l’outil. Nous restons derrière les équipes jusqu’à ce que l’usage soit intégré au quotidien.
- Quels sont les usages de l’IA qui transforment le plus concrètement le quotidien des professionnels RH aujourd’hui ?
Je citerai quatre usages qui produisent des résultats immédiats :
- L’assistant RH interne : un assistant nourri de la convention collective, des accords d’entreprise et des procédures internes, capable de répondre en quelques secondes à une question d’un salarié congés, absences, éléments de paie. Cela désengorge massivement le service RH.
- L’automatisation de l’administration du personnel : le traitement des absences, le calcul des éléments fixes et variables de paie, la fiabilisation des tableaux : ce sont des tâches à forte charge et à faible valeur ajoutée, où l’IA fait gagner un temps considérable.
- Le recrutement : rédaction et diffusion des annonces, pré-qualification, structuration des grilles d’entretien : l’IA fait gagner du temps sur la partie mécanique, ce qui permet de mieux investir le temps humain là où il compte, dans la rencontre avec le candidat.
- La formation et la montée en compétences : construction de parcours, de supports, de quiz, adaptation des contenus aux différents profils.
Plus largement, tout ce qui relève de la vie administrative de l’entreprise est concerné. C’est là que se concentrent les gains les plus immédiats et les plus mesurables.
Le point commun de ces usages : ils ne remplacent pas le professionnel RH, ils lui rendent du temps. Et ce temps est réinvesti dans ce que la machine ne fera jamais la relation.
- Un exemple concret de mission ?
Le contexte : une entreprise du BTP de plus de 250 salariés, confrontée à une double problématique : un besoin d’accompagnement au changement des équipes face à l’IA, et une fonction RH saturée par l’administration du personnel, la gestion de la paie et le suivi des formations.
Nous avons commencé par un audit complet : cartographie des usages existants, des limites, des opportunités et des faiblesses, via une matrice SWOT. Cela a produit un diagnostic opérationnel, des propositions de solutions détaillées et une feuille de route claire.
Nous avons ensuite déployé un socle commun de formation collective, puis des ateliers en sous-groupes par service. Pour les RH spécifiquement : automatisation de la gestion de la paie via Copilot dans Excel, et création d’un assistant interne alimenté par la convention collective, permettant de répondre à une question salarié en moins de deux minutes.
Les résultats :
- Charge administrative réduite de 30 %
- Productivité accrue de 25 %, notamment sur la gestion de l’administration du personnel
- Traitement nettement plus rapide des problématiques du quotidien : absences, calcul des éléments fixes et variables de paie
Mais le résultat dont je suis le plus fier n’est pas chiffrable. Des collaborateurs qui étaient au départ franchement réticents à la technologie sont aujourd’hui non seulement à l’aise, mais force de proposition. Ils viennent nous voir avec leurs propres idées d’usage. C’est le vrai indicateur de réussite d’un projet IA.
Regard sur l’avenir et conseils aux futurs entrepreneurs
- Avec le recul, y a-t-il des compétences acquises à CESI qui se révèlent particulièrement précieuses dans votre activité d’entrepreneur ?
Deux, très clairement. La première, c’est la conduite du changement. C’est le cœur de mon métier aujourd’hui, et c’est même devenu plus important qu’avant. L’outil est extrêmement performant, ce n’est plus le sujet. Le sujet, c’est l’humain : ses craintes, ses résistances, sa manière d’apprendre. Un déploiement IA ne réussit jamais grâce à la technologie, il réussit grâce à l’accompagnement des personnes. Cette compétence, je l’ai apprise lors de ma formation, et elle ne s’est pas dévaluée, elle s’est amplifiée.
La seconde, c’est la dimension opérationnelle de la pédagogie CESI. Le fait d’avoir mis les mains dans le cambouis, très tôt et sur des situations très variées, permet aujourd’hui d’être immédiatement crédible et utile chez un client, quel que soit son secteur ou sa taille.
- Dans un futur proche, à quoi ressembleront selon vous les métiers des RH ? Certaines missions vont-elles disparaître, d’autres émerger ?
Oui, certaines missions vont disparaître, et il faut le dire clairement. Toute la couche purement administrative est concernée : la saisie et le contrôle de données, la production de documents standards, la réponse aux questions récurrentes des salariés, une grande partie du traitement de l’administration du personnel. Ce sont des tâches lourdes, chronophages et, pour être honnête, peu épanouissantes.
Mais le changement le plus profond n’est pas là. Il est dans le fait que chaque professionnel devient, d’une certaine manière, manager. Manager d’une intelligence artificielle. Vous avez une idée, vous formulez une instruction, et vous disposez d’une capacité d’exécution que vous n’aviez pas seul. Ce qui était hors de portée faute de temps ou de moyens devient réalisable.
Cela ouvre des choses très concrètes. Prenez une boîte à idées interne : jusqu’ici, la plupart des propositions des salariés restaient lettre morte, faute de ressources pour les instruire. Avec l’IA, on peut faire émerger ces idées et surtout commencer à les mettre en œuvre. Le goulot d’étranglement n’est plus la capacité d’exécution, c’est la qualité de la réflexion en amont.
Ce qui va donc prendre de l’ampleur, ce sont les missions à forte valeur humaine : l’accompagnement des managers, le développement des compétences, la gestion des parcours, la qualité de vie au travail, la conduite du changement, la culture d’entreprise. Et des rôles nouveaux émergent déjà : référent IA, garant de l’éthique et de la conformité des usages, pilote de la montée en compétences.
Le professionnel RH de demain, c’est celui qui saura utiliser ces outils pour se libérer de l’administratif et se recentrer sur son vrai métier. Ceux qui refuseront de s’y intéresser ne seront pas remplacés par l’IA ils seront dépassés par les RH qui, eux, s’en servent.
- Quelles sont les prochaines étapes dans votre aventure entrepreneuriale ?
Notre priorité pour 2026 est claire : sécuriser et consolider notre position en région. L’objectif est de devenir l’acteur numéro un de la formation à l’intelligence artificielle en Rhône-Alpes. Cela passe par notre ancrage territorial et nos partenariats institutionnels, notamment avec la CCI de Grenoble.
Le second chantier, c’est le lancement d’une branche complémentaire : le pilotage opérationnel dans la durée. Concrètement, un référent IA Mookay accompagne l’entreprise cliente dans le temps — sur ses besoins spécifiques, sur les nouveautés technologiques, sur les sujets qu’elle souhaite creuser, sur la montée en compétences continue de ses équipes.
C’est une réponse à un constat très simple : l’IA évolue à une vitesse considérable. Une formation ponctuelle, aussi bonne soit-elle, ne suffit pas. Il faut une présence constante pour que l’entreprise reste à la page. C’est ce que nos clients nous demandent, et c’est ce que nous construisons.
Ensuite viendra l’extension nationale, mais nous voulons d’abord être irréprochables ici.
- Quel conseil donneriez-vous aux étudiants de CESI qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat ?
Quatre choses, dans l’ordre.
- Ayez un vrai projet, pas une envie d’entreprendre. La nuance est essentielle. Partez d’un problème que vous avez vécu, que vous comprenez de l’intérieur. Mookay est née d’une frustration éprouvée en poste : trop de temps perdu sur de l’administratif.
- Entourez-vous des bonnes personnes. Vous n’aurez jamais toutes les compétences, et ce n’est pas grave. Je ne code pas : ce n’est pas ce qui m’a empêché de lancer une structure sur l’IA, parce que le vrai sujet n’était pas technique, il était humain. Identifiez ce que vous savez faire, et complétez le reste.
- Commencez à gratter en parallèle. C’est le conseil que l’on donne rarement, et c’est peut-être le plus utile. Testez, confrontez votre idée au terrain, décrochez vos premiers clients pendant que vous êtes encore en poste. Lancez-vous officiellement quand ça commence à prendre, pas avant.
- Vérifiez que vous avez la fibre. Entreprendre n’est pas un statut, c’est un quotidien : l’incertitude, la charge, les décisions que personne ne prendra à votre place. Ce n’est pas fait pour tout le monde, et c’est parfaitement légitime. Le savoir tôt vaut mieux que de le découvrir tard.
Et le plus important : le réseau construit pendant vos études est un actif réel. Entretenez-le. Beaucoup de choses se jouent là.
- Faites-vous partie du réseau alumni ? Avez-vous gardé des liens avec CESI et si oui sous quelle forme ?
Je ne suis pas inscrit au réseau alumni formel mais les liens, eux, sont bien réels, et ils sont même devenus professionnels.
Morgane Colon, avec qui j’étais en Mastère, intervient aujourd’hui comme formatrice IA pour Mookay. Theodora, également issue de notre promotion et aujourd’hui RH à Grenoble, participe à l’atelier Ecobiz RH que j’organise. Nous nous retrouvons régulièrement, au fil des événements, et de vraies synergies se créent.
Cet atelier Ecobiz RH, justement, je l’organise à Grenoble en partenariat avec la CCI de Grenoble. Ce sont des sessions de trois heures, plusieurs fois dans l’année, avec des thématiques qui évoluent : l’accompagnement au changement, le prompt engineering appliqué aux RH, la sécurité et l’éthique de l’IA. Le format est volontairement opérationnel : on part d’une problématique réelle, on transmet nos bonnes pratiques, puis on les applique directement aux cas d’usage de chaque participant. Les gens repartent avec quelque chose d’utilisable dès le lendemain.
C’est peut-être là la meilleure preuve de ce que produit une promotion CESI : plusieurs années après, on continue de travailler ensemble. Et je reste évidemment disponible pour intervenir auprès des promotions du Mastère professionnel Manager des ressources humaines : partager ce qui a changé dans le métier depuis 2021, c’est le minimum que je puisse rendre.